L’ANAP vient de publier un ensemble de ressources consacrées à la Communication Alternative et Améliorée, intitulé « La CAA : un droit, pas une option ! ». Un guide pratique, un répertoire de ressources web, des grilles d’autoévaluation pour les encadrants et les directions d’ESMS, et un autodiagnostic en ligne. C’est un événement qu’il faut saluer avec force. Pour la première fois, un cadre structuré, adossé à l’instruction de juin 2025 rendant la CAA obligatoire dans tous les ESMS, offre aux établissements une feuille de route claire et documentée. Les principes posés sont solides : multimodalité, modèle de participation sans prérequis, présomption de compétences, évaluation dynamique, implication de tous les cercles de communication. Les données internationales citées — doublement de la qualité de vie des utilisateurs, réduction du stress des aidants, retour sur investissement de 1,5 à 3 fois le coût initial — achèvent de convaincre, si besoin était, que la CAA n’est pas un luxe mais un investissement humain et économique.
Nous ne pouvons donc que vous encourager à découvrir ces ressources sans attendre.
Cela étant dit, et parce que notre rôle au TechLab a toujours été de porter un regard technique et indépendant sur les outils et les politiques qui touchent à l’accès à la communication, quatre observations méritent d’être formulées.
La première concerne un angle mort surprenant. Le guide mentionne à juste titre les EqLAAT et les CICAT comme acteurs ressources, mais il passe entièrement sous silence l’existence des plateformes AACTA, ces parcs de prêt d’aides techniques à la CAA financés par la CNSA et opérationnels depuis 2022. Plusieurs d’entre elles sont toujours actives — le Centre Mutualiste de Kerpape, la Plateforme Nouvelles Technologies de Garches et le TechLab continuent d’assurer conseil, prêt et accompagnement sur leurs territoires respectifs et au-delà. Or, ces plateformes remplissent une fonction que le guide lui-même reconnaît comme fondamentale : permettre aux personnes d’essayer et de comparer différents dispositifs dans leurs conditions réelles de vie, avant de s’engager dans un choix. C’est cette démarche d’essai comparatif qui rend possible la construction d’un système de communication véritablement individualisé. Le guide insiste avec raison sur la multimodalité — le fait de combiner plusieurs moyens complémentaires pour chaque personne. Mais pour assembler cette combinaison sur mesure, encore faut-il avoir pu tester les différentes pièces du puzzle. Sans accès au prêt de matériel, le risque est grand de voir les établissements acquérir des équipements sur la base de recommandations théoriques ou commerciales, sans que la personne concernée ait pu véritablement expérimenter les alternatives qui s’offrent à elle. L’omission des plateformes AACTA dans un guide qui se veut exhaustif est donc regrettable, et nous espérons qu’elle sera corrigée dans une prochaine version.
La deuxième observation porte sur la question des contributeurs. Depuis la publication du guide, de nombreux professionnels spécialistes de la CAA en France se félicitent publiquement d’avoir participé à son élaboration. C’est une excellente nouvelle : cela signifie que ce travail s’appuie sur une expertise de terrain réelle et diversifiée. Mais justement, il serait précieux que cette liste de contributeurs soit rendue publique, au-delà des quelques structures mentionnées dans les remerciements. D’une part, parce que le lecteur gagnerait à savoir quels spécialistes ont nourri le contenu, ne serait-ce que pour approfondir tel ou tel sujet auprès d’eux. D’autre part, parce qu’une analyse des métadonnées des fichiers révèle que ces documents ont été en grande partie produits par un cabinet de conseil privé intervenant dans le secteur public — ce qui n’est pas inhabituel, mais n’est mentionné nulle part. Connaître l’ensemble des contributeurs, y compris les prestataires, permettrait au lecteur d’évaluer si certains d’entre eux, par ailleurs engagés commercialement dans le secteur de la CAA, ont pu orienter les recommandations. Ce n’est pas un procès d’intention : c’est simplement la transparence que l’on est en droit d’attendre d’un document institutionnel qui fera autorité.
La troisième observation touche au contenu lui-même et à la neutralité des ressources référencées. Certains choix terminologiques et éditoriaux interrogent. Le guide accorde par exemple une place importante à la notion de « robustesse linguistique » des dispositifs. Or ce concept ne fait l’objet d’aucune définition consensuelle dans la littérature scientifique à comité de lecture. Il est né d’un raccourci informel dans le milieu des praticiens anglophones, à partir de travaux de Zangari et Van Tatenhove (2009) qui parlaient en réalité de « caractéristiques critiques » des systèmes de CAA. Le terme a depuis été repris, sans définition stabilisée, principalement par les fabricants de dispositifs et les organismes de formation qui gravitent autour d’eux. Le présenter dans un guide institutionnel comme une notion établie, sans le définir ni le sourcer, revient à naturaliser un marqueur commercial. De même, l’encart consacré aux « développements récents de l’IA dans le domaine de la CAA » met en avant trois fonctionnalités — la correction de phrases par modèles de langage, le clonage de voix à partir d’enregistrements et l’amélioration de la commande oculaire par intelligence artificielle — qui se trouvent correspondre très précisément à l’offre d’un seul écosystème de produits, sans que les solutions concurrentes ni les approches alternatives soient évoquées. Plus largement, le répertoire des ressources web qui accompagne le guide aurait gagné à être passé au crible d’une grille d’analyse des liens d’intérêt. Quand un guide institutionnel recommande des ressources, le lecteur doit pouvoir distinguer celles qui émanent d’acteurs indépendants de celles qui proviennent d’opérateurs commerciaux. Cette distinction, absente en l’état, aurait renforcé la crédibilité de l’ensemble.
La quatrième observation porte sur un impensé plus fondamental. Le guide s’intitule « La CAA : un droit, pas une option ! », et c’est effectivement un droit. Mais la manière dont ce droit est décliné dans le document se concentre quasi exclusivement sur les dispositifs techniques et les pratiques professionnelles au sein des ESMS. Or il existe une dimension essentielle de l’accès à la communication qui n’apparaît nulle part : celle de l’assistance humaine. Depuis des années, des personnes ayant des difficultés d’élocution et de communication, regroupées notamment au sein du Groupe Initiative National DEC d’APF France handicap, portent une revendication forte : le droit de choisir et de bénéficier d’un assistant de communication. Cette revendication a été formalisée dans un plaidoyer adopté par le conseil d’administration d’APF France handicap, qui demande la reconnaissance de l’assistance de communication dans le périmètre de l’aide humaine de la PCH, sa proposition systématique dans les contextes juridiques, policiers et hospitaliers, et la création d’une certification professionnelle dédiée. Ce n’est pas une revendication marginale : c’est l’expression directe des personnes concernées, celles-là mêmes au nom desquelles le guide a été conçu. Quiconque a accompagné une personne utilisant un dispositif de CAA sait que la technologie, aussi sophistiquée soit-elle, ne fonctionne pas sans un interlocuteur formé, patient, disponible — un humain capable de suppléer les limites du dispositif dans les situations où le temps, le contexte ou la fatigue rendent l’outil insuffisant. Ignorer cette dimension, c’est réduire la CAA à une question d’équipement alors qu’elle est d’abord une question de relation. Un guide institutionnel qui ambitionne de faire de la CAA un droit effectif aurait gagné à reconnaître que ce droit passe aussi par l’aide humaine, et à relayer les travaux de ceux qui se battent pour qu’elle soit reconnue et financée.
Ces réserves n’enlèvent rien à l’importance de cette publication. La CAA est un droit, et ce guide contribue puissamment à le faire reconnaître. Mais un droit ne se construit solidement que sur la transparence, l’indépendance des recommandations qui l’accompagnent, et l’écoute des personnes qui en sont les premières bénéficiaires.
C’est dans cet esprit que nous continuerons, au TechLab, à tester, comparer et documenter les solutions de CAA en toute neutralité.

La signalétique constitue bien plus qu’un simple ensemble de panneaux directionnels dans nos établissements. Elle représente un véritable système d’information environnementale qui utilise des dispositifs
Les kits sont prêtés pour deux à trois semaines, ce qui permet de tester les matériels en situation écologique, c’est-à-dire dans les différents contextes de vie de la personne (maison, travail, ESMS…), et sur la durée. La plupart des kits sont constitués de manière à proposer des essais comparatifs : vous trouverez dans ce cas dans la valise plusieurs aides techniques ayant la même finalité.
Paiement des frais d’expédition, de logistique, maintenance et assurance du matériel
Vous bénéficiez d’un demi-tarif si vous effectuez le retrait et la restitution du kit dans nos locaux à Villeneuve d’Ascq.
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De 2 à 3 semaines