Traduction visuelle d’ordonnances médicales
Traduction visuelle d’ordonnances médicales
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Lire et comprendre une ordonnance médicale n’est pas toujours simple. La multiplication des médicaments, la complexité des posologies et les abréviations employées rendent ces documents difficiles à déchiffrer pour une large partie de la population. L’ordonnance visuelle répond à ce besoin : elle propose une « traduction » de l’ordonnance sous forme d’images, à l’aide de pictogrammes disposés sur un calendrier détachable. Le patient peut ainsi suivre son traitement de manière autonome, sans avoir à relire l’ordonnance d’origine.
Conçu au départ pour les personnes ne maîtrisant pas le français, cet outil s’est révélé utile bien au-delà de ce public : il aide toute personne dont la compréhension de l’information médicale, écrite ou orale, est fragilisée, qu’il s’agisse de personnes allophones, de personnes âgées ou de personnes présentant une difficulté cognitive. Son remplissage est réalisé par le pharmacien au moment de la délivrance des médicaments.
| Référence | Ordonnance visuelle |
|---|---|
| Site | entraide-pierrevaldo.org |
| Auteur | CCAS de la Voulte-sur-Rhône (création, 2012) — Entraide Pierre Valdo (diffusion, depuis 2018) |
| Prix | Gratuit — financement Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes. Pour se procurer l’outil : ordonnancevisuelle@epvaldo.org |
L’ordonnance visuelle est un outil d’aide à l’observance médicamenteuse destiné aux personnes présentant un besoin spécifique de communication. Elle a été créée en 2012 par le CCAS de la Voulte-sur-Rhône, puis reprise en 2018 par l’association Entraide Pierre Valdo, qui en assure depuis la diffusion grâce à un financement de l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes.
L’Entraide Pierre Valdo est une association loi 1901 dont la mission est l’accueil, l’intégration et l’insertion socio-professionnelle des personnes vulnérables et/ou en demande de protection, sans distinction de nationalité d’origine, de genre, ni de convictions religieuses ou politiques.
Deux précisions importantes :
Un flyer de présentation de l’outil est disponible en téléchargement libre. L’Entraide Pierre Valdo invite également les professionnels ayant utilisé l’outil à partager leurs retours d’expérience via un questionnaire en ligne.
L’ordonnance visuelle se présente sous la forme d’un livret physique composé de deux éléments complémentaires : seize planches calendriers détachables et plusieurs pages de vignettes autocollantes. Ces vignettes représentent l’ensemble des pictogrammes nécessaires à la traduction visuelle d’une ordonnance. Ils ont été soigneusement sélectionnés, élaborés et identifiés pour couvrir toutes les situations susceptibles d’apparaître sur une ordonnance : posologie, type de médicament, découpe des cachets, type de contenant, heure de prise, quantité (demi-cachet, cuillère à soupe, etc.).
Le principe de fonctionnement est le suivant : le pharmacien positionne les vignettes sur le calendrier pour représenter le traitement prescrit, puis remet la page détachée au patient. Une vignette identique peut être collée sur la boîte de médicaments afin d’écarter tout risque de confusion.
Le livret comporte seize planches calendriers, chacune permettant de planifier la prise de médicaments sur une période donnée. Comme le montre la figure ci-dessous, une planche s’organise en trois zones distinctes.

L’en-tête accueille les informations d’identification : nom du patient, nom du professionnel de santé, date de prescription et indication d’un éventuel renouvellement avec son échéance.
Le tableau central constitue le cœur de l’outil. Il s’appuie sur une frise chronologique illustrant quatre moments de la journée : le matin, midi, le soir et la nuit. Chaque période est subdivisée en trois zones qui précisent l’heure exacte de prise ainsi que le moment par rapport au repas (avant, pendant ou après). Le pharmacien y colle les vignettes correspondantes. La durée du traitement est matérialisée par le nombre de jours à surligner, le cas échéant à l’aide d’un surligneur fluorescent. Le patient peut cocher chaque case au fur et à mesure des prises, s’il en est capable.
La représentation a été conçue pour rester complète sans être surchargée, dans un objectif de lisibilité pour le patient.
Les planches de vignettes autocollantes ont été élaborées spécifiquement pour cet usage. Elles couvrent les situations rencontrées sur une ordonnance : formes médicamenteuses (comprimés sécables, gélules, sirops, sachets, pommades, seringues), quantités (demi-cachet, cuillère à soupe), moments de prise et types de contenant. Elles sont parfois proposées sur des fonds de couleur différente, ce qui permet de distinguer visuellement plusieurs médicaments et d’assurer la correspondance entre le calendrier et les boîtes. Chaque planche est fournie en quantité suffisante pour être apposée à la fois sur le calendrier et sur les boîtes de médicaments correspondantes.
La première page du livret contient une notice en trois étapes, elle-même présentée visuellement. La première étape consiste à analyser l’ordonnance du médecin afin d’identifier les médicaments, le nombre de prises par jour et la durée du traitement. La deuxième étape consiste à remplir le calendrier en positionnant les vignettes, chaque ligne correspondant à un médicament. La troisième étape consiste à reporter une vignette identique sur la boîte du médicament concerné, ce qui établit une correspondance sans ambiguïté entre le calendrier et le traitement. La figure ci-dessous présente un calendrier complété, accompagné de la légende des vignettes.

La légende des vignettes est organisée en deux familles : d’une part les pictogrammes indiquant le moment de prise (avant, pendant ou après le repas) ; d’autre part les pictogrammes représentant le type de médicament (sirop, sachet, comprimé, etc.).
L’ordonnance visuelle est destinée aux personnes présentant un besoin spécifique de communication. Bien que conçue initialement pour répondre aux besoins des personnes allophones, elle s’est rapidement révélée pertinente pour un public beaucoup plus large : personnes en difficulté avec la compréhension écrite ou orale du français, personnes âgées, personnes présentant une fragilité cognitive, et de manière générale toute personne pour laquelle la clarté de l’information médicale conditionne l’observance du traitement.
L’outil s’inscrit dans les démarches de compensation du handicap de communication. Il répond à un besoin d’autonomie et d’autodétermination dans le suivi médical, en permettant au patient de visualiser son traitement sans dépendre d’un tiers pour relire l’ordonnance. Son remplissage est particulièrement adapté au moment de la délivrance des médicaments en pharmacie : le pharmacien dispose alors de l’ensemble des informations nécessaires et d’un temps d’échange avec le patient propice à cet accompagnement.
On peut rappeler l’existence d’autres outils qui mobilisent le pictogramme ou l’illustration dans le champ de la santé, mais avec une finalité distincte. MEDIPICTO, application développée par l’AP-HP et utilisable hors connexion, vise le dialogue entre le patient et le soignant au cours d’un examen ou d’un soin ; elle facilite l’expression et la compréhension mutuelles, y compris en situation de barrière linguistique. Santé BD, éditée par l’association Coactis-Santé, poursuit un objectif proche : préparer une consultation, réduire l’anxiété et améliorer la communication entre la personne en situation de handicap et le professionnel de santé.
Initialement conçue pour les personnes allophones, l’ordonnance visuelle a largement dépassé ce cadre d’origine pour s’imposer comme un outil transversal d’aide à l’observance médicamenteuse. Sa force réside dans sa simplicité d’usage pour le professionnel de santé, et dans la clarté qu’elle apporte au patient pour suivre son traitement de façon autonome. La qualité de conception des vignettes — soigneusement sélectionnées pour couvrir l’ensemble des situations d’une ordonnance — leur richesse et leur lisibilité en font un outil abouti, cohérent et immédiatement opérationnel.
Dans le champ du handicap, l’ordonnance visuelle s’inscrit naturellement dans les démarches de Communication Alternative et Améliorée (CAA) : elle mobilise des pictogrammes pour compenser les difficultés de compréhension de l’écrit, exactement comme le font les outils de CAA dans d’autres contextes de vie quotidienne. Elle constitue à ce titre une ressource précieuse pour les professionnels du médico-social accompagnant des personnes présentant un besoin spécifique de communication, qui peuvent la signaler aux pharmaciens de leur réseau.
Il reste la question de sa diffusion. L’ordonnance visuelle a pour elle d’être gratuite, prête à l’emploi et financée par une ARS : le seul véritable obstacle à sa généralisation est qu’elle demeure peu connue. Les pharmaciens, qui rencontrent le patient au moment même de la délivrance, sont les mieux placés pour la faire connaître et en installer l’usage.
Encouragez-les à prendre contact avec l’Entraide Pierre Valdo pour se procurer cet outil : ordonnancevisuelle@epvaldo.org.
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International
| Autrice | Guillemette Hessel-Balleyguier |
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