La signalétique constitue bien plus qu’un simple ensemble de panneaux directionnels dans nos établissements. Elle représente un véritable système d’information environnementale qui utilise des dispositifs visuels, matériels, tactiles ou sonores pour permettre à chacun de s’orienter, de comprendre son environnement et d’accéder aux services proposés. Qu’il s’agisse de mots, de pictogrammes, de logos ou de codes couleur, ces éléments peuvent être positionnés sur différents supports — murs, sols, panneaux suspendus — et visent à faciliter la navigation de tous les usagers, quelles que soient leurs capacités.
Cet article aborde la signalétique sous l’angle spécifique de l’accessibilité universelle et de son rôle dans la Communication Alternative et Améliorée. Au-delà du simple respect des normes réglementaires, une signalétique bien pensée devient un outil essentiel pour garantir la sécurité, le confort d’usage et l’autodétermination des personnes en situation de handicap. Cette approche bénéficie à un public très large. Elle est essentielle non seulement pour les personnes en situation de handicap, mais également pour les personnes ne maîtrisant pas ou mal la langue française (personnes allophones, en situation d’illettrisme), pour qui le soutien visuel est indispensable pour comprendre l’environnement.
Cadre réglementaire et normatif
La mise en place d’une signalétique accessible s’inscrit dans un cadre juridique précis, principalement défini par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi impose que tous les établissements recevant du public soient accessibles à tous les types de handicap, ce qui inclut nécessairement l’accès à l’information par une signalétique adaptée.
Le Code de la construction et de l’habitation, particulièrement dans ses articles R. 111-19-7 à R. 111-19-11, fixe les dispositions applicables aux établissements recevant du public. Deux arrêtés précisent les exigences techniques : l’arrêté du 8 décembre 2014 pour les bâtiments existants et l’arrêté du 20 avril 2017 pour les bâtiments neufs. Ces textes établissent que toute signalétique doit répondre à trois objectifs fondamentaux : la visibilité (être vue), la lisibilité (être lue) et la compréhension (être comprise par tous).
Le décret n° 2006-1657 du 21 décembre 2006 précise les obligations relatives aux systèmes d’information et à la signalétique, tandis que la norme ISO 7001 spécifie les symboles graphiques destinés à l’information du public. Pour les signaux de sécurité, la norme NF ISO 3864-2 encadre les associations de formes et de couleurs réservées à chaque type d’information.
Il convient également de mentionner que plusieurs guides de bonnes pratiques complètent utilement ce cadre réglementaire, notamment le Guide pratique de la signalétique et des pictogrammes publié par l’Unapei en 2018, et le guide Pour une signalétique accessible à tous élaboré par la Cité du Design de Saint-Étienne en 2014.
Enfin, le service Atouts Access d’APF France handicap a contribué à une plaquette d’information intitulée “Principes à respecter pour concevoir une signalétique visible lisible et compréhensible par tous, document réalisé en partenariat avec les associations de personnes en situation de handicap de la Commission Intercommunale pour l’Accessibilité des Personnes Handicapées de la Communauté Urbaine de Dunkerque.
Télécharger “Triptique-Signaletique-Accessible-HD.pdf” Triptique-Signaletique-Accessible-HD.pdf – Téléchargé 10 fois – 660,56 KoSignalétique et Communication Alternative et Améliorée : une approche collective
La Communication Alternative et Améliorée désigne l’ensemble des moyens — autres que la parole orale — utilisés pour exprimer des pensées, des besoins, des désirs et des idées. Selon la définition de l’International Society for Augmentative and Alternative Communication, elle inclut les gestes, le langage des signes, les symboles, les tableaux de communication et les technologies de communication assistée. Cette approche concerne non seulement les personnes ayant des troubles de la communication, mais s’étend à toute personne pouvant bénéficier d’un soutien visuel pour mieux comprendre son environnement.
La signalétique s’intègre pleinement dans cette dynamique, particulièrement sur le versant réceptif de la communication. Elle permet aux personnes n’ayant pas accès à la compréhension de l’écrit de saisir les informations présentes dans leur environnement. En combinant différentes modalités — supports visuels, tactiles, matériels ou sonores — elle participe à une communication véritablement multimodale.
Cette approche collective de la Communication Alternative et Améliorée dans l’espace public présente plusieurs avantages décisifs. D’une part, elle renforce l’autodétermination des personnes concernées en leur donnant accès à l’information nécessaire pour faire des choix éclairés et circuler de manière autonome. D’autre part, en normalisant l’usage de pictogrammes et de représentations visuelles pour tous les usagers, elle contribue à réduire la stigmatisation qui peut accompagner l’utilisation d’outils de communication spécifiques.
Il est essentiel de comprendre que la signalétique n’est pas une finalité en soi, mais un outil de soutien à la communication et à l’autonomie. La communication étant un droit fondamental, garantir l’accès aux informations environnementales constitue un levier direct de participation sociale.
Méthodologie de conception : une démarche participative indispensable
La conception d’une signalétique accessible ne peut se faire de manière unilatérale par les seuls services techniques ou bureaux d’études. Il est absolument indispensable de penser cette signalétique avec les personnes directement concernées. Cette démarche participative implique la mise en place de groupes de travail ou de commissions associant les usagers, leurs proches, les professionnels du handicap et les experts en signalétique.
Ces instances collectives ont pour mission d’identifier les informations qui doivent être rendues visibles, de déterminer leurs modalités de représentation les plus pertinentes, et de tester l’efficacité des solutions retenues. La concertation et la recherche d’un consensus collectif sont essentielles pour garantir à la fois la pertinence technique du dispositif et son appropriation effective par les usagers.
Cette approche collaborative présente l’avantage de s’appuyer sur l’expérience vécue des personnes en situation de handicap, qui sont les mieux placées pour identifier les besoins réels et évaluer l’efficacité des solutions proposées. Plusieurs expérimentations documentées, notamment celles menées par les associations membres du réseau Unapei, ont ainsi permis d’identifier les difficultés rencontrées sur le terrain et de mettre l’accent sur les points de vigilance essentiels.
Principes généraux de conception
Une fois la démarche participative engagée, plusieurs principes généraux doivent guider la conception de la signalétique accessible.
Pour être efficace, le système doit se décliner clairement selon trois fonctions distinctes :
- La signalétique directionnelle : Elle guide l’usager d’un point A à un point B (fléchage, jalons).
- La signalétique d’information : Elle explique le fonctionnement ou donne des renseignements généraux (horaires, consignes, description).
- La signalétique de localisation : Elle confirme à l’usager qu’il est arrivé à destination (nom de salle, numéro de bureau, “Vous êtes ici”).
Le premier principe concerne l’identification et l’accessibilité physique du dispositif. La signalétique doit être repérable et accessible, qu’elle soit fixée au mur, disposée au sol ou suspendue. Le positionnement des éléments doit tenir compte des différents modes de déambulation et des capacités visuelles variées. Les recommandations préconisent généralement un positionnement entre 90 et 160 cm pour la plupart des affichages, avec une hauteur pouvant aller jusqu’à 180 cm pour les indications directionnelles. Si elle est située dans le cheminement (suspendue), elle doit être placée à plus de 2,20 m de hauteur pour la sécurité. Un dégagement minimum de 40 cm du sol est nécessaire pour les dispositifs destinés à être approchés par les personnes malvoyantes ou en fauteuil roulant. Dans les couloirs, le choix d’une signalétique en drapeau (perpendiculaire au mur) est recommandé pour repérer les sanitaires ou ascenseurs.
Le deuxième principe est celui de la cohérence systémique. Bien qu’il existe des normes universelles, chaque signalétique doit être adaptée au contexte spécifique de l’établissement. Il est recommandé de s’inspirer de l’existant et des standards éprouvés, tout en adaptant les supports à la réalité particulière du lieu. La cohérence des codes utilisés est absolument essentielle : même mot pour désigner un concept donné, même pictogramme pour véhiculer une information spécifique, continuité entre l’affichage fixe, les supports modulables et les autres outils de communication visuelle présents dans l’établissement. Cette cohérence facilite grandement la compréhension et la mémorisation des codes par les usagers.
Le troisième principe concerne la clarté et la hiérarchisation de l’information. Le contenu présenté doit rester clair, limité et hiérarchisé. Il est recommandé de ne transmettre qu’une seule information principale par support, afin d’éviter la surcharge visuelle qui nuit considérablement à la compréhension, particulièrement pour les personnes ayant des troubles cognitifs. Lorsque plusieurs informations directionnelles doivent figurer sur un même panneau, une séparation nette entre les différents éléments devient indispensable.
La signalétique peut faire appel à différentes modalités sensorielles selon les besoins identifiés. Elle peut être visuelle (pictogrammes, codes couleur), matérielle et tactile (plaques en braille ou en relief, pictogrammes tactiles), sonore, ou combiner plusieurs de ces dimensions pour renforcer l’accessibilité.
Contenu et représentations visuelles
Le contenu de la signalétique mérite une attention aussi soutenue que son implantation ou son support physique. Une signalétique véritablement accessible ne vise pas à remplacer l’écrit, mais à le rendre compréhensible au plus grand nombre.
Contrairement à une idée reçue, il n’est pas recommandé d’exclure les mots de la signalétique. Au contraire, ceux-ci doivent être systématiquement accompagnés d’un pictogramme ou d’une représentation visuelle complémentaire, favorisant ainsi la compréhension de l’ensemble des publics, qu’ils maîtrisent ou non la lecture conventionnelle.
Les illustrations contextuelles, en lien direct avec les usages spécifiques du lieu, renforcent considérablement la compréhension. Par exemple, sur la porte d’un bureau administratif, il sera plus pertinent de représenter ce que l’on peut y faire — parler avec un interlocuteur, attendre, signer un document — plutôt que de se contenter d’une mention générique « Bureau ». Dans une salle Snoezelen, les pictogrammes pourront évoquer le fait de se détendre, d’écouter, de se reposer. Dans un espace collectif de restauration, les représentations montreront des personnes en train de manger, d’échanger, de se retrouver.
Cette approche fonctionnelle de la représentation facilite grandement la compréhension de l’usage des lieux, bien au-delà de leur simple dénomination administrative. Elle s’avère particulièrement pertinente pour les personnes ayant des difficultés de repérage spatio-temporel ou ne maîtrisant pas suffisamment la lecture.
La signalétique peut également véhiculer des informations évolutives ou dynamiques, actualisées selon les situations concrètes. Ces informations variables peuvent indiquer la présence ou l’absence d’une personne dans son bureau, la disponibilité d’un espace, le type d’activité en cours, ou encore l’horaire de retour prévu. On peut également prévoir d’ajouter ponctuellement des informations complémentaires selon les besoins. Ces éléments variables renforcent considérablement l’autonomie des usagers, limitent les sollicitations verbales répétées auprès du personnel, et sécurisent les parcours en fournissant une information actualisée.
Enfin, une signalétique bien pensée peut favoriser une participation sociale plus avancée en permettant aux usagers de contribuer activement à la vie de l’établissement. Par exemple, une signalétique identifiant clairement l’emplacement des objets dans une cuisine collective permet aux personnes de participer aux tâches de rangement de manière autonome.
Choix et usage des pictogrammes
Les pictogrammes constituent un support visuel particulièrement efficace pour faciliter l’accès aux informations. Ces représentations graphiques simplifiées permettent de transmettre un message sans recourir exclusivement au texte écrit. Leur conception et leur usage doivent néanmoins respecter plusieurs principes pour garantir leur efficacité.
L’harmonie visuelle doit être scrupuleusement respectée à l’échelle de tout l’établissement. Les formes, styles, couleurs et proportions doivent présenter une cohérence d’ensemble. Il est d’ailleurs conseillé d’uniformiser les pictogrammes sur un même territoire (par exemple pour les Offices de Tourisme).
Pour construire cette cohérence, il est recommandé de s’appuyer sur des bases de pictogrammes existantes et éprouvées, telles que PCS (Picture Communication Symbols), SymbolStix ou ARASAAC. Ces bibliothèques offrent l’avantage d’être largement utilisées dans le secteur de la Communication Alternative et Améliorée, ce qui favorise la reconnaissance des symboles par les usagers qui peuvent les retrouver dans différents environnements. L’utilisation de ces bases nécessite toutefois de respecter leurs chartes d’utilisation et leurs licences respectives, et de mentionner systématiquement la source utilisée.
Dans certains contextes particuliers, la création de pictogrammes spécifiques peut s’avérer nécessaire pour représenter des lieux, des activités ou des organisations propres à l’établissement. Cette personnalisation doit impérativement s’inscrire dans une démarche de co-conception impliquant un consensus entre usagers, proches et professionnels. Un exemple remarquable de cette approche est celui du métro toulousain, où depuis 2016, les deux premières lignes ont été équipées de 38 pictogrammes imaginés par des étudiants en art graphique en collaboration étroite avec les personnes en situation de handicap cognitif ou psychique. Ces pictogrammes contextualisés facilitent considérablement le repérage des stations pour l’ensemble des usagers.
Le principe fondamental à respecter est celui de l’univocité : chaque pictogramme doit correspondre de manière constante à un concept unique sur l’ensemble des supports de l’établissement. Cette correspondance stable entre symbole et signification facilite l’apprentissage et la mémorisation des codes visuels par les usagers.
Critères de visibilité, lisibilité et compréhension
Pour qu’une signalétique remplisse efficacement sa fonction d’information et d’orientation, elle doit satisfaire simultanément à trois exigences complémentaires : être visible, être lisible et être compréhensible.
La visibilité implique un positionnement stratégique des supports à des emplacements clés : dès l’entrée de l’établissement avec éventuellement un plan général, aux croisements des couloirs, à chaque étage au niveau des escaliers et ascenseurs. La signalétique doit être visuellement contrastée, en utilisant des couleurs judicieusement choisies et, le cas échéant, des éléments photoluminescents pour les situations de faible luminosité. L’arrêté du 20 avril 2017 précise notamment que la hauteur des caractères ne peut être inférieure à 100 mm pour le numéro ou la dénomination du bâtiment rappelé en façade.
La lisibilité repose sur plusieurs facteurs techniques complémentaires. Le nombre de polices de caractères doit être strictement limité, idéalement à une ou deux polices maximum, sans empattement pour faciliter la lecture. Les contrastes entre le texte et son support doivent atteindre au minimum 70 % (par exemple : caractères blancs sur fond rouge, caractères noirs sur fond jaune). Les supports brillants, les reflets (vigilance sur l’éclairage artificiel et naturel) et les contre-jours doivent être proscrits, en privilégiant des surfaces planes et non réfléchissantes. La taille des caractères doit être adaptée à la distance de lecture prévue : les informations principales devant être lues à cinq mètres nécessitent des caractères de taille conséquente.
Pour les personnes aveugles ou malvoyantes, la lisibilité passe également par des dispositifs tactiles. Le braille et les lettres en relief permettent une lecture par le toucher. La signalétique en braille doit être positionnée à une hauteur comprise entre 90 et 130 cm pour être accessible. Elle gagne à être placée de manière repérable, par exemple proche des poignées de portes (hôtels, bureaux) ou sur le bout des mains courantes (escaliers). Il est recommandé d’utiliser des plaques en relief positif et braille, qui peuvent être comprises à la fois par les personnes voyantes et non-voyantes, évitant ainsi la multiplication des supports.
La compréhension nécessite l’utilisation d’un langage simplifié ou du Français Facile à Lire et à Comprendre, en limitant le nombre de mots par support et en illustrant systématiquement chaque mot-clé avec un pictogramme. L’arrêté du 20 avril 2017 rend obligatoire l’accompagnement de tout pictogramme par une information écrite. Lorsque des pictogrammes normalisés existent, leur utilisation est obligatoire. La cohérence des codes couleurs, des fléchages et des légendes doit être assurée sur l’ensemble de l’établissement.
Supports et matériaux
Le choix des supports physiques de la signalétique doit prendre en compte à la fois les contraintes d’usage (intérieur ou extérieur, flux de passage), les exigences de durabilité, et les considérations budgétaires.
Pour une première installation ou une phase de test, des feuilles plastifiées peuvent parfaitement suffire et permettent d’ajuster rapidement le dispositif en fonction des retours d’expérience. Cette solution économique facilite l’expérimentation et l’amélioration progressive du système.
Pour un usage durable en intérieur, l’affichage sur papier reste possible. Les matériaux plus robustes incluent le verre acrylique, le PVC rigide, ou l’aluminium. Ces supports offrent une meilleure résistance à l’usure et facilitent l’entretien.
Pour les installations extérieures, des matériaux résistants aux ultraviolets et hydrofuges deviennent indispensables pour garantir la pérennité du dispositif. Les bâches techniques, les panneaux en aluminium traité, ou les supports en verre trempé constituent des solutions adaptées.
Les sols peuvent être équipés de pochoirs peints, d’adhésifs résistants au passage, ou de dalles podotactiles pour le guidage des personnes aveugles ou malvoyantes. Ces dispositifs horizontaux complètent utilement la signalétique verticale, particulièrement dans les espaces vastes ou complexes.
Pour les personnes aveugles, des éléments tactiles en relief ou des impressions en trois dimensions peuvent être intégrés à la signalétique. Ces dispositifs offrent une information accessible par le toucher, complétant l’information visuelle.
Il convient de noter que de nombreuses entreprises et Établissements et Services d’Aide par le Travail sont en mesure de réaliser des impressions sur tous types de supports, ce qui permet de soutenir l’emploi des personnes en situation de handicap tout en répondant aux besoins de signalétique accessible.
Limites et précautions d'usage
La mise en place d’une signalétique, particulièrement lorsqu’elle inclut des photographies ou des plannings nominatifs, doit impérativement respecter la réglementation relative à la protection des données personnelles et au droit à l’image.
L’affichage de photographies de personnes nécessite des autorisations écrites et signées par les intéressés ou, le cas échéant, par leur représentant légal. Ces autorisations doivent être conservées et régulièrement actualisées.
La HAS a formulé des recommandations visant notamment à garantir que l’utilisation de la signalétique respecte la dignité des personnes et ne conduise pas à une infantilisation ou une stigmatisation.
La surcharge visuelle représente un écueil majeur à éviter absolument. Un environnement saturé d’informations visuelles devient rapidement incompréhensible, particulièrement pour les personnes ayant des troubles de l’attention ou des difficultés cognitives. Il convient donc de limiter strictement le nombre d’informations présentes simultanément dans le champ de vision, et de privilégier une hiérarchisation claire des messages.
Enfin, la maintenance et l’actualisation régulière de la signalétique constituent des aspects essentiels de son efficacité. Une signalétique obsolète, comportant des informations périmées ou des supports dégradés, perd rapidement sa crédibilité et son utilité. Un calendrier de vérification et d’entretien doit donc être établi et respecté.
Exemples et retours d'expérience
Plusieurs établissements ont développé des systèmes de signalétique accessible particulièrement remarquables, dont l’analyse permet d’identifier des bonnes pratiques transposables.
Dans le domaine hospitalier, certains établissements ont mis en place des systèmes de guidance visuelle au sol utilisant des lignes continues de couleur. Cette approche présente l’avantage d’être visible par tous les usagers quel que soit leur mode de déambulation. L’analyse critique de ces dispositifs révèle néanmoins qu’une représentation visuelle complémentaire serait bénéfique pour les personnes n’ayant pas accès à la lecture ou ne distinguant pas les couleurs. Un système entièrement fondé sur des codes couleur présente en effet des limites d’accessibilité pour les personnes daltoniennes ou aveugles.
Le projet de signalétique de la médiathèque Françoise Sagan à Paris, développé entre 2014 et 2015, illustre une démarche ambitieuse de création de pictogrammes contextualisés adaptés aux usages spécifiques d’une bibliothèque. Malheureusement, cette initiative semble avoir constitué un programme éphémère, ce qui soulève la question de la pérennisation et de l’extension de telles démarches innovantes.
En Bretagne, une réflexion régionale partagée sur la signalétique adaptée pour les lieux du livre a été initiée en 2014 à la demande de nombreuses médiathèques. Pilotée par l’agence Livre et lecture en Bretagne, cette démarche a rassemblé bibliothécaires et experts du champ des handicaps, notamment les associations ADAPEI et ADEPEDA 35. Le groupe de travail régional a abouti à la création d’une base de 27 pictogrammes spécifiquement adaptés aux bibliothèques, mise à disposition de tous les établissements. Cette initiative illustre parfaitement l’intérêt d’une approche mutualisée et concertée, permettant de capitaliser sur l’expérience collective et d’éviter que chaque établissement ne doive réinventer des solutions.
Le métro toulousain offre un exemple particulièrement réussi d’adaptation systémique pour l’accessibilité cognitive. Les 38 pictogrammes créés en co-conception avec les personnes concernées ne constituent pas simplement un ajout cosmétique, mais transforment véritablement l’expérience de déplacement pour les personnes ayant des difficultés de lecture ou de repérage. Cette démarche démontre qu’une véritable accessibilité nécessite souvent de sortir des standards existants pour développer des solutions contextualisées, tout en maintenant une cohérence d’ensemble.
Intégration dans une démarche globale d'accessibilité
La signalétique accessible ne peut être considérée isolément. Elle s’inscrit nécessairement dans une démarche globale d’accessibilité de l’établissement, dont elle constitue un élément certes important, mais non suffisant. Cette démarche globale comprend plusieurs dimensions complémentaires.
L’accessibilité physique du bâtiment constitue le préalable indispensable : rampes d’accès, ascenseurs adaptés, portes suffisamment larges, revêtements de sol appropriés. Sans cette accessibilité physique de base, même la meilleure signalétique ne permettra pas une circulation effective des personnes à mobilité réduite.
L’accessibilité des contenus et des services nécessite également des adaptations spécifiques : menus de restaurant proposés dans des formats accessibles (version illustrée, version en gros caractères, version audio), livrets d’accueil disponibles en Facile à Lire et à Comprendre, documents administratifs simplifiés et illustrés. La signalétique oriente vers ces services, mais ne peut les remplacer.
L’identification claire des professionnels présents dans l’établissement facilite grandement les interactions. Des badges avec photographie, prénom et fonction, éventuellement complétés par un pictogramme indiquant le type d’aide proposée, permettent aux usagers de solliciter les bonnes personnes pour leurs besoins spécifiques.
L’aménagement des espaces de communication, avec des zones calmes permettant des échanges sans interférences sonores, des comptoirs d’accueil à hauteur variable, et des outils de Communication Alternative et Améliorée mis à disposition, complète utilement le dispositif de signalétique. Proposer des casques anti-bruits ou des sièges sensoriels (bibliothèques) facilite également la concentration.
La formation des personnels à l’accueil et à la communication avec les personnes en situation de handicap et aux outils de médiation constitue un facteur déterminant de la qualité de l’accessibilité. La meilleure signalétique ne remplacera jamais un accueil humain bienveillant et formé.
Perspectives et évolutions
Le champ de la signalétique accessible connaît actuellement des évolutions importantes, portées à la fois par les avancées technologiques et par une meilleure compréhension des besoins des personnes en situation de handicap.
Les technologies numériques ouvrent de nouvelles possibilités, notamment avec le développement de signalétiques interactives sur tablettes ou écrans tactiles. Ces dispositifs permettent d’actualiser facilement les informations, de proposer des parcours personnalisés selon les profils d’usagers, et d’intégrer des contenus multimédias (vidéos en langue des signes, descriptions audio). L’accessibilité de ces dispositifs numériques nécessite toutefois une attention particulière pour garantir leur utilisabilité par tous (menu par exemple, prévoir un retour vocal impératif).
L’instruction de la Direction générale de la cohésion sociale aux Agences régionales de santé, diffusée en juin 2025, reconnaît officiellement la Communication Alternative et Améliorée comme un droit fondamental pour les personnes en situation de handicap. Cette instruction impose aux établissements sociaux et médico-sociaux d’équiper chaque personne non-oralisante de moyens de communication adaptés. Elle prévoit la création de missions départementales d’expertise et d’information sur la Communication Alternative et Améliorée dans chaque département d’ici 2027, avec un financement initial de neuf millions d’euros. Cette reconnaissance institutionnelle devrait favoriser le développement de signalétiques accessibles dans l’ensemble des établissements concernés.
Le développement d’approches de conception universelle, où l’accessibilité est pensée dès l’origine du projet architectural plutôt qu’ajoutée a posteriori, permet d’intégrer plus harmonieusement la signalétique dans l’environnement bâti. Ces démarches évitent l’effet de « surcouche » parfois visible dans les adaptations réalisées après coup.
Enfin, la mutualisation des bonnes pratiques et des ressources à l’échelle territoriale ou sectorielle permet d’éviter que chaque établissement ne doive réinventer des solutions. Des plateformes collaboratives, des réseaux d’échanges professionnels, et des guides sectoriels contribuent à diffuser l’innovation et à élever progressivement le niveau général d’accessibilité.
Conclusion
La signalétique accessible constitue une étape importante dans la mise en œuvre de la Communication Alternative et Améliorée au niveau collectif. Elle favorise l’autodétermination et la participation sociale des personnes en situation de handicap en leur donnant accès à l’information nécessaire pour comprendre leur environnement et s’y déplacer de manière autonome.
Sa conception nécessite une démarche participative authentique, associant les personnes concernées à toutes les étapes du projet. Les solutions techniques retenues doivent respecter les principes de cohérence, de clarté et d’accessibilité multi-sensorielle, tout en s’adaptant au contexte spécifique de chaque établissement.
La signalétique ne peut cependant être considérée isolément. Elle s’inscrit dans une dynamique collective plus large visant à rendre l’ensemble de l’environnement accessible. Elle se complète par d’autres outils et dispositifs : menus accessibles, livrets d’accueil illustrés, identification des professionnels, espaces de communication adaptés, formation des personnels.
Les évolutions réglementaires récentes, notamment la reconnaissance de la Communication Alternative et Améliorée comme droit fondamental, devraient favoriser le développement de signalétiques accessibles dans l’ensemble des établissements recevant du public. Les ressources aujourd’hui disponibles — guides méthodologiques, bibliothèques de pictogrammes, exemples de réalisations — facilitent grandement la mise en œuvre de ces dispositifs.
L’enjeu n’est pas simplement de se conformer à des obligations réglementaires, mais de construire des environnements véritablement inclusifs, où chaque personne peut accéder à l’information, faire des choix éclairés, et participer pleinement à la vie sociale. La signalétique accessible, conçue avec et pour les personnes concernées, constitue un outil précieux au service de cet objectif.
Nous remercions Aline et Isabelle d’Atouts Access pour leur relecture attentive et leurs suggestions !
