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mars 2026

Jouer n’est pas un luxe

Il y a des innovations qui ne font pas la une des journaux, qui ne lèvent pas des millions en capital-risque, et qui pourtant changent concrètement la vie des gens.

Partons d’un constat simple : le flipper, cette machine que l’on trouve encore dans certains bars et qui est devenue l’objet d’un véritable culte pour certains collectionneurs, n’a jamais été pensé pour les personnes ayant des troubles moteurs. Pour y jouer, il faut se tenir debout, face à la caisse, et actionner deux boutons latéraux avec une coordination précise des deux mains. Autant dire que pour une personne en fauteuil roulant ou ayant une mobilité réduite des membres supérieurs, la partie s’arrête avant même d’avoir commencé.

Il y a quelques mois déjà, un constructeur français franchissait un premier cap en développant le premier flipper de série intégrant dès sa conception une interface adaptée. Quatre prises jack positionnées sur la porte permettent de piloter les batteurs, le bouton Start et l’éjecteur de billes avec des contacteurs externes. Un mode de jeu simplifié a même été conçu : une partie de 60 secondes, un seul joueur, sans décompte des billes perdues, pour se concentrer sur le plaisir pur de la bille qui roule. Nous avions d’ailleurs contribué à identifier les besoins et à valider les fonctionnalités de ce flipper – le Hexa Pinball Space Hunt – aux côtés des associations Des Lumières dans les Yeux et Retroplay44.

C’est la même association nantaise Retroplay44 qui vient de lancer Pinclusive. Le principe est aussi élégant qu’efficace : un kit plug-and-play qui s’installe sur les flippers existants — des modèles des années 1990 jusqu’aux machines actuelles — sans percer, sans modifier le plateau, sans altérer l’expérience de jeu. Le kit ajoute des cartes d’interface qui permettent de connecter des commandes déportées, filaires ou sans fil via Bluetooth, y compris la manette adaptée de Microsoft. Concrètement, chaque joueur peut adapter les commandes à ses propres capacités motrices : jouer avec les pieds, avec la nuque, avec un contacteur au souffle… les possibilités sont ouvertes. Et cerise sur le gâteau, le kit se retire aussi facilement qu’il s’installe, sans laisser de trace — les collectionneurs et les adeptes de la location apprécieront.

Ces avancées dans le monde du flipper ne sont pas isolées. Du côté du baby-foot, plusieurs fabricants français — René Pierre, Bonzini, Stella, Petiot — proposent depuis longtemps des modèles pensés pour les personnes à mobilité réduite, avec des pieds droits permettant l’accès en fauteuil roulant et une caisse moins haute. C’est encourageant. On notera cependant que l’adaptation reste essentiellement ergonomique. Elle ne repense pas encore en profondeur l’interaction avec le jeu, comme le fait Pinclusive pour le flipper.

Ce que ces initiatives nous rappellent, c’est que l’accessibilité des loisirs n’est pas un sujet secondaire. Jouer, c’est partager un moment, tisser du lien, exister dans un espace social où le handicap n’a aucune raison d’exclure quiconque. Quand des passionnés, des associations et des fabricants unissent leurs savoir-faire pour que tout le monde puisse vivre le frisson d’une bille qui frappe les bumpers d’un plateau illuminé, c’est bien plus qu’une prouesse technique : c’est une vision de la société que nous voulons construire ensemble.

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Jeux et jouets adaptés

Flippers et baby-foots accessibles : quand le jeu s’ouvre à tous

Flippers et baby-foots accessibles : quand le jeu s’ouvre à tous

Cet article est né d’un heureux hasard. Le même jour, nous avons reçu au TechLab une demande concernant l’accessibilité des baby-foots et nous avons eu un échange téléphonique passionnant avec Nicolas Fiers de l’association Retroplay44, au sujet de leur tout nouveau projet Pinclusive. Deux conversations, un même sujet de fond : comment rendre accessibles aux personnes en situation de handicap ces jeux de café que tout le monde connaît, mais auxquels tout le monde ne peut pas jouer ? Cette coïncidence nous a donné envie de faire le point sur un domaine en pleine effervescence.

Commençons par un constat que l’on oublie souvent tant il semble évident : le flipper n’a jamais été pensé pour les personnes ayant des troubles moteurs. Pour y jouer, il faut se tenir debout face à la caisse, attraper deux boutons situés de part et d’autre du meuble et coordonner ses deux mains avec précision et rapidité. Pour une personne en fauteuil roulant, ayant une mobilité réduite des membres supérieurs ou des troubles de la coordination, l’expérience est tout simplement inaccessible. C’est un constat que les professionnels des technologies assistives et les associations de terrain partagent depuis longtemps — sans qu’aucune réponse industrielle n’ait été apportée, jusqu’à très récemment.

Hexa Pinball : le premier flipper de série adapté au monde

Le premier jalon a été posé par Hexa Pinball, un constructeur français de flippers. Sollicité simultanément — et indépendamment — par deux associations, Des Lumières dans les Yeux en Alsace et Retroplay44 en Loire-Atlantique, Hexa Pinball a décidé de relever le défi. Le résultat est une adaptation de leur modèle Space Hunt, pensée selon deux axes complémentaires.

Le premier axe est matériel : quatre prises jack 3,5 mm, positionnées directement sur la porte du flipper, permettent de brancher des contacteurs externes pour piloter les batteurs, le bouton Start et l’éjecteur de billes. Chaque joueur peut ainsi utiliser les interfaces de contrôle adaptées à ses capacités motrices — y compris des dispositifs bien connus des ergothérapeutes comme les kits de gaming accessibles commercialisés par Logitech. Le second axe est logiciel : un mode de jeu simplifié a été développé, dans lequel la partie dure 60 secondes, se joue en solo et ne décompte pas les billes perdues. L’objectif est de supprimer les mécaniques de jeu frustrantes — règles complexes, billes bloquées en attente de validation — et de se concentrer sur le plaisir pur de la bille qui roule sur le plateau.

Le TechLab APF France handicap a contribué à ce projet en identifiant les besoins spécifiques des joueurs en situation de handicap et en validant les fonctionnalités retenues. Ce flipper a été officiellement présenté au festival Retroplay en octobre 2024. Quelques mois plus tard, en mars 2025, un premier exemplaire a été installé dans un centre de l’ARAHM à Illkirch, en Alsace, grâce au soutien du Fonds ACEF 67-68. Il s’agit bien d’un produit commercialisable en série, et non d’un prototype — ce qui en fait une première mondiale.

Pinclusive : rendre n’importe quel flipper accessible

Si le Space Hunt adapté constitue une première historique pour un flipper neuf, une autre approche, complémentaire, s’attaque au parc existant de machines. C’est tout l’objet de Pinclusive, le projet que Nicolas Fiers nous a présenté lors de notre échange et qui est porté par l’association Retroplay44.

Le principe de Pinclusive repose sur un kit plug-and-play qui s’installe et se retire sans percer, sans souder, sans modifier le plateau ni le gameplay du flipper d’origine. Le kit ajoute des cartes d’interface à l’intérieur de la machine, qui permettent de connecter deux types de commandes déportées : des boutons filaires, positionnés là où le joueur en a besoin, ou des contrôleurs sans fil via Bluetooth, dont le Xbox Adaptive Controller de Microsoft. Ce dernier, conçu à l’origine pour le jeu vidéo, est déjà largement utilisé dans le monde des technologies assistives pour sa compatibilité avec un très grand nombre de contacteurs et d’interfaces adaptées.

L’un des atouts majeurs de Pinclusive est sa compatibilité étendue. Des kits sont d’ores et déjà disponibles pour les flippers Stern (des années 1996 aux modèles actuels, couvrant les plateformes Whitestar, S.A.M., Spike et Spike 2), les flippers Jersey Jack Pinball et les Bally/Williams WPC95. D’autres kits pour les Bally/Williams WPC89 et les Sega/Data East sont en préparation. Cette couverture large signifie que la grande majorité des flippers présents dans les lieux publics, les associations et chez les collectionneurs peuvent potentiellement être rendus accessibles.

Un point essentiel mérite d’être souligné : l’installation est entièrement réversible et ne laisse aucune trace sur la machine. C’est un argument de poids pour les collectionneurs, mais aussi pour les professionnels de la location de flippers événementiels, qui peuvent proposer une machine accessible lors d’un événement puis la remettre en configuration standard pour le suivant.

Surtout, ce que Pinclusive rend possible, c’est le jeu partagé. Personnes valides et personnes en situation de handicap peuvent jouer sur la même machine, chacune avec son mode de commande. Cette dimension inclusive, où l’adaptation ne crée pas un objet séparé mais enrichit un objet commun, est au cœur de ce que devrait être la conception universelle appliquée aux loisirs.

Baby-foots accessibles : une offre qui existe, une réflexion à poursuivre

Le baby-foot, autre grand classique des jeux de café, a connu ses propres évolutions en matière d’accessibilité — et c’est justement la demande que nous recevions le même jour que l’appel de Nicolas Fiers. Plusieurs fabricants français et internationaux proposent depuis longtemps des modèles adaptés aux personnes à mobilité réduite. L’adaptation porte essentiellement sur l’ergonomie du meuble : des pieds droits, au lieu de pieds en X ou en oblique, permettent le passage d’un fauteuil roulant sous la caisse, et la hauteur de jeu est parfois abaissée pour faciliter la prise en main des barres.

L’offre est aujourd’hui relativement fournie. René Pierre, fabricant bourguignon, propose son modèle Arena en version PMR. Bonzini, la marque parisienne fondée en 1927, décline deux modèles accessibles : un modèle à pieds droits et un modèle compétition en bois. Stella propose toute une gamme handisport. Petiot commercialise son modèle 140 en version PMR, entièrement personnalisable. Du côté international, Garlando avec son Special Champion homologué ITSF et Roberto Sport avec sa Special Revolution complètent le panorama.

Cette diversité de l’offre est encourageante et témoigne d’une prise de conscience réelle de la part des fabricants. Il faut néanmoins observer que l’adaptation reste, à ce jour, essentiellement ergonomique. On modifie la forme du meuble pour qu’un fauteuil puisse s’y glisser, ce qui est indispensable, mais on ne repense pas l’interaction avec le jeu lui-même. Les barres restent des barres qu’il faut saisir et faire tourner ; les poignées demandent une préhension et une force de rotation que tout le monde ne possède pas. Pour une personne ayant des troubles sévères de la motricité fine ou de la force de préhension, l’accès physique au meuble ne suffit pas à garantir l’accès au jeu. Une seule exception : la bonne idée de René Pierre d’avoir décalé les jetons de marque de score pour en faciliter l’accès.

C’est précisément là que l’approche de Pinclusive dans le monde du flipper est pionnière : elle ne se contente pas de modifier l’objet, elle repense l’interface entre le joueur et le jeu. On peut espérer que cette philosophie inspirera à terme des réflexions similaires pour le baby-foot.

L’accessibilité des loisirs, un enjeu de société

Derrière ces adaptations techniques, l’enjeu est profondément humain. Jouer n’est pas un luxe : c’est un vecteur de socialisation, de bien-être et de dignité. Quand un flipper est installé dans un centre de soins et qu’un résident peut y jouer pour la première fois, ce n’est pas seulement une bille qui roule sur un plateau — c’est un lien social qui se crée, un sourire qui apparaît, une personne qui existe dans un espace de jeu partagé d’où elle était jusqu’alors exclue.

Les associations qui portent ces projets — Des Lumières dans les Yeux en Alsace, Retroplay44 en Loire-Atlantique — sont les artisans discrets d’une transformation importante. En collaborant avec des fabricants comme Hexa Pinball, elles montrent que l’innovation inclusive ne naît pas nécessairement dans les laboratoires de R&D des grandes entreprises, mais souvent à l’intersection entre l’expertise d’usage et la bonne volonté d’un constructeur prêt à écouter.

Le TechLab APF France handicap continuera à accompagner ces démarches, à identifier les besoins, à tester les solutions et à faire connaître les initiatives qui contribuent à rendre notre société plus inclusive. Car l’accessibilité des loisirs n’est pas un sujet périphérique : c’est un marqueur de la place que nous accordons à chacune et chacun dans l’espace commun.

Le fonctionnement du prêt

Les kits sont prêtés pour deux à trois semaines, ce qui permet de tester les matériels en situation écologique, c’est-à-dire dans les différents contextes de vie de la personne (maison, travail, ESMS…), et sur la durée. La plupart des kits sont constitués de manière à proposer des essais comparatifs : vous trouverez dans ce cas dans la valise plusieurs aides techniques ayant la même finalité.

Pour qui ?

  • Toute personne en situation de handicap souhaitant essayer un matériel,
  • Tout professionnel soucieux de préconiser le “bon” outil,
  • Toute entreprise qui souhaiterait expérimenter une aide technique dans le cadre d’un aménagement de poste.

Tarifs

Paiement des frais d’expédition, de logistique, maintenance et assurance du matériel

  • 50 € par kit d’une valeur inférieure à 500 €
  • 100 € par kit d’une valeur inférieure à 1 500 €
  • 150 € par kit d’une valeur supérieure à 1 500 €

Vous bénéficiez d’un demi-tarif si vous effectuez le retrait et la restitution du kit dans nos locaux à Villeneuve d’Ascq.

Expédition

Vous recevez le kit en quelques jours via Colissimo.

Durée du prêt

De 2 à 3 semaines